Entretien avec Stéphane Baller, associé EY Société d’avocats, partenaire de la Grande École du Droit.

Stéphane Baller, associé chez Ernst & Young Société d’avocats, est en charge du sourcing des collaborateurs. Il est l’auteur de L’Observatoire des Formations Juridiques & Fiscales depuis 2011.

En tant que recruteur, qu’attendez-vous d’un jeune diplômé en droit qui voudrait être avocat ?

« C’est un véritable atout selon moi que de disposer en plus du bagage classique en droit français d’une solide approche du droit anglo-saxon. »

Au sein d’EY Société d’avocats, qui est le deuxième cabinet d’avocats français, je suis chargé du "sourcing" des jeunes collaborateurs et je dois notamment repérer, identifier et guider les candidats avocats qui pourraient proposer un profil intéressant pour mes associés qui les recrutent. Une solide formation juridique est bien entendu nécessaire, mais elle ne saurait suffire. Un avocat, c’est plus que le gardien du droit en entreprise, et pour devenir un «  trusted business advisor  », c’est-à-dire un conseiller de confiance auprès de nos clients, il doit développer des compétences variées au-delà de la technique pure. On attend des femmes et des hommes de droit forts de valeurs d’humanisme et d’ouverture pour mener des carrières dans un souci d’éthique. Pour moi, un avocat est quelqu’un qui est aussi bien capable de savoir-faire que de savoir-être. C’est cette double qualification qui est recherchée. On attend de l’avocat par exemple qu’il sache adapter rapidement son savoir-faire dans un environnement économique et juridique international en constante évolution. Il devra également faire preuve d’un savoir-être qui lui permettra de dialoguer dans des juridictions bien différentes, avec de multiples interlocuteurs « qui font du droit sans le savoir ». De même, l’horizon d’application du droit en entreprise ne cessant de s’élargir, c’est un véritable atout selon moi que de disposer en plus du bagage classique en droit français d’une solide approche du droit anglo-saxon de l'économie ou de l'entreprise.

La formation reçue en Université est-elle un bagage suffisant pour aborder une carrière d’avocat ?

Il faut être lucide : si l’on a l’ambition d’épouser une carrière juridique ou fiscale en cabinet d’avocats d’affaires, dans une entreprise multinationale ou au sein d’institutions internationales, il est bon de passer par une formation en droit français et en droit anglo-saxon, de s’ouvrir à cette culture et d’en connaître le fonctionnement. EY Société d’Avocats travaille sur ce grand projet pédagogique en étroite collaboration avec la Grande École du Droit, avec qui nous avons développé un partenariat.

Pouvez-vous nous parler de cette Grande École du Droit ? Comment est-elle née ? Qui en fut à l’initiative ? 

L’initiative revient au Professeur Véronique Magnier, agrégée des facultés de droit, qui enseigne à Sceaux et à Georgetown et qui a travaillé pendant 3 ans aux États Unis. À son retour en 2009, elle a souhaité compléter l’offre de formation universitaire en droit par des modules permettant d’ouvrir les étudiants à des opportunités internationales ; c’est elle qui a recherché le corps enseignant adéquat en s’appuyant sur une spécificité de l’Université Paris Sud Jean Monnet : posséder un département de langue très performant qui n’est pas «  isolé  » dans une filière langue mais qui profite à tous les « métiers » du droit.

Quel est le projet pédagogique de la Grande École du Droit ?

La Grande École du Droit propose un parcours unique en quatre ans pour éduquer des humanistes autonomes et pour mettre en valeur l’excellence dans les filières juridiques. Outre la Licence "classique" en droit, un programme en anglais est assuré pendant les trois premières années pour couvrir différentes matières juridiques. Les 35 étudiants participent en formation restreinte à des cours-séminaires sur les droits constitutionnels américain et britannique (Constitutional Law), le droit anglo-américain des contrats (Contract Law) et la responsabilité civile (Tort Law). La culture générale n’est pas négligée avec un cours de philosophie du droit et l’étude des grands adages du droit. La quatrième année est aménagée pour permettre aux étudiants de suivre en parallèle un LL.M (qui est un diplôme universitaire de troisième cycle en droit délivré dans les pays anglo-saxons ou anglophones), tout en validant leur Master 1. Ce choix de scolarité original va permettre à l’étudiant de s’enrichir d’un enseignement différent par sa pédagogie. Il pourra aussi valoriser une véritable expérience de vie à l’international aussi précieuse dans la suite de ses études que dans sa vie professionnelle. A l’issue de ces quatre années, les étudiants valident un bi-diplôme Master 1 / LL.M Droit des affaires de l’université Paris-Sud Jean Monnet. Il leur permet de se présenter sur le marché du travail en valorisant leur capacité à s’insérer parfaitement dans un environnement professionnel anglophone, ouvert sur le monde des affaires. S’ils choisissent de passer le concours du barreau, ils peuvent alors choisir le lieu de leurs études et décider de les effectuer à l’étranger ou en France, en bénéficiant de passerelles entre ces formations. Les détenteurs du barreau de NYC peuvent en effet passer l’examen destiné aux avocats étrangers lors des deux sessions à Paris organisées par l’École Française du Barreau, en mars et en septembre.

En quoi la Grande École du Droit propose-t-elle une approche originale ?

« Nous poursuivons le même unique objectif : maximiser leur employabilité. »

Le projet pédagogique de la Grande École du Droit n’est pas seulement d’assurer un enseignement théorique : il dispose d’un volet pratique complémentaire et à mon sens indispensable. La formation juridique proprement dite s’accompagne d’une première approche du monde professionnel qui prend de nombreuses formes. Dans le cadre de modules de développement personnel, on initie les étudiants à l’utilisation du MBTI : il s’agit d’un modèle de développement personnel qui permet de connaître ses aspirations spontanées. Parallèlement à leurs études, ils commencent ainsi à identifier leurs préférences professionnelles. On cherche aussi à développer et à conduire des projets concrets pour favoriser l’insertion dans le monde du travail. Cela passe par exemple par des ateliers de rédaction de CV en français et en anglais, ou bien par une méthodologie pour trouver son « stage de rêve ». Il sera réalisé en France ou à l’étranger au cours du second semestre de la deuxième année, un stage "ouvrier" étant fortement recommandé en première année. D’autres initiatives favorisent cette immersion dans le monde actif, comme les rencontres avec des professionnels organisées par les étudiants eux-mêmes. L’idée est de faire venir aussi bien des professionnels du droit que des étudiants extérieurs à la Grande École du Droit pour montrer tous les métiers, et parfois autres que le droit, auxquels une formation juridique ou fiscale peut donner accès. Le partenariat dont dispose la Grande École du Droit permet aussi d’accompagner les étudiants dans la recherche de stages dès la première année ou dans le choix de leur futur LL.M comme de leur Master 2 à leur retour. À chaque fois, nous poursuivons le même unique objectif : maximiser leur employabilité et donner à chaque recruteur potentiel «  l’envie d’un étudiant » diplômé de la Grande École du Droit.

À quels étudiants cette formation est-elle ouverte ?

Notre premier souhait est que cette formation puisse être ouverte à des étudiants prêts à s’y investir pleinement. Nous leur proposons une formation d’excellence inédite en France et leur garantissons un accompagnement rendu possible par les effectifs réduits (une trentaine d’étudiants par année). Nous recherchons donc des jeunes bacheliers de bon niveau scolaire et dotés aussi d’un solide bagage linguistique, tant théorique que pratique. La procédure d’inscription est volontairement simple et permet de vérifier la motivation autant que les capacités des candidats. Pour s’inscrire, il suffit de déposer un dossier composé des relevés de notes de Première et de Terminale, du relevé de notes du baccalauréat anticipé en fin de Première, de deux lettres de recommandation d’enseignants ayant suivi le candidat en Première ou Terminale, et d’une lettre de motivation de l’élève. Cette formation qui permet de délivrer le Diplôme Universitaire «  études juridiques comparatives et internationales  » fait l’objet d’une référence à rechercher dans APB pour tous les étudiants que ce parcours intéresserait. Surtout, nous avons fait le choix de contenir les frais de scolarité afin qu’ils ne constituent pas un frein pour des étudiants motivés. À l’exception de l’année de LL.M qui peut représenter un budget important quand il s’agit de partir étudier à l’étranger, surtout aux États Unis, le coût des 3 premières années est limité aux frais d’inscription à l’Université, majorés en 2014 de 260 euros.

Qu’est-ce qui caractérise le travail mené par vos étudiants ?

Je pense que ce qui attire nos étudiants, ce qui fait la force de leur formation, c’est leur investissement. Parce qu’ils sont volontaires et impliqués, ils impulsent à leurs études une dynamique, gage de réussite. Cette dynamique est inscrite dans notre projet pédagogique et elle est garantie par l’engagement de l’équipe d’enseignants, sous forme de cours interactifs. À sa tête, le professeur Véronique Magnier, qui enseigne aussi à l’Université de Georgetown à Washington, s’efforce de créer un esprit solidaire équivalent à celui des classes préparatoires ou des Grandes Écoles. Cet esprit « Grande École » est très porteur pendant les 4 années d’études et tout aussi utile pour la constitution d’un futur réseau d’anciens. En même temps, nous cherchons à cultiver une différence propre à l’Université : l’autonomie. Nos étudiants acquièrent une liberté dans leur travail qui sert de test pour le monde professionnel. L’instrument qui garantit cette cohésion au-delà du corps professoral est l’Association des Élèves et Anciens Élèves de la Grande École du Droit, très active depuis l’origine du diplôme. Elle a notamment développé un parrainage entre promotions, les « seniors » faisant bénéficier les « juniors » de leur expertise et de leur expérience. Ce parrainage est particulièrement précieux pendant la période où l’étudiant se retrouve seul, à l’étranger, l’année du LL.M. Un blog de témoignages a été mis en place pour collecter et partager toutes les informations et impressions à l’intention des étudiants futurs qui pourront choisir ainsi leur université dans les meilleures conditions. Les étudiants sont aussi les premiers promoteurs de leur diplôme, puisqu’ils vont à la rencontre des lycéens dans les établissements pour leur présenter leur parcours et susciter des vocations : croyez-moi, c’est le meilleur des exercices pour travailler la technique de prise de parole en public autant que la construction d’argumentaire que nous leur enseignons dès la première année et ce dès le premier semestre de la première année ! 

Vers où cette formation conduit-elle vos étudiants ? 

Cette double formation est certes exigeante, mais elle est vraiment valorisée ensuite et permet de poursuivre des études universitaires en Master 2 dans les meilleures conditions. Si l’on observe ainsi les résultats des étudiants de la première promotion sortie l’an dernier, ils ont pu, après l’obtention de leur LL.M dans de très belles Universités anglaises, américaines ou hollandaises, intégrer cette année les meilleurs masters 2 en droit des affaires et fiscalité d’Universités de renom comme la Sorbonne, Assas, Sceaux, Rennes ou Dauphine… De plus, le mémoire de Master 1 soutenu en vidéo conférence les a obligés à travailler leurs techniques de prise de parole et de présentation, bien au-delà de la maîtrise d’un outil comme « powerpoint ». C’est à terme un vrai "plus" pour leur carrière à venir. Pendant leurs années de formation à la Grande École du Droit, nous essayons d’amener nos étudiants à aller plus loin, sur le modèle des Grandes Écoles. Cette exigence de dépassement passe par de multiples initiatives dont témoigne ainsi le dynamisme de la vie associative. Surtout, à terme, ce parcours a renforcé leur capacité à être employé, ce qu’on nomme aujourd’hui l’employabilité. A l’issue des 4 ans, les étudiants savent mettre en valeur leurs connaissances, ils ont acquis une culture internationale, ils ont appris à convaincre des interlocuteurs y compris via Skype. Ils connaissent le marché du droit et ils ont été initiés à la gestion de projets complexes. Surtout, par les liens tissés entre eux, ils ont acquis l’un des fondamentaux du management, le parrainage ou le coaching, et sont donc armés pour leur future vie professionnelle qu'ils sauront vivre avec altérité.