Entretien avec Diane Le Béguec, directrice des études d’HEIP, l’école des Hautes Études Politiques et Internationales

L’école des Hautes Études Politiques et Internationales (HEIP) existe depuis plus d’un siècle. Pouvez-vous nous raconter son histoire ?

HEIP, l’école des Hautes Études Politiques et Internationales, est un établissement libre d’enseignement supérieur, créé au lendemain de l’affaire Dreyfus par des universitaires et des personnalités du monde intellectuel. Parmi les fondateurs d’HEIP, se trouvent des noms aussi célèbres que Charles Péguy et Georges Sorel. L’objectif de l’institut était de former les jeunes, à la sociologie et aux relations internationales, et de les amener à penser par eux-mêmes plutôt qu’à travers le prisme de l’enseignement traditionnel et de la presse. En fait, le but était d’apporter aux jeunes un enseignement en sciences sociales qu’ils ne pouvaient pas trouver ailleurs. HEIP est restée fidèle à cet héritage puisque nous sommes la seule école en France à proposer un programme de sciences politiques et de relations internationales dès la première année d’études.

Qui sont les professeurs qui enseignent à HEIP ?

« Depuis sa création, notre école se caractérise par l’excellence et la diversité de son corps professoral. »

Depuis sa création, notre école se caractérise par l’excellence et la diversité de son corps professoral. Qu’ils soient universitaires de renom ou praticiens, politistes ou internationalistes, jeunes professionnels ou professeurs émérites, nos enseignants font profiter à nos élèves de leurs savoirs, mais aussi de leur expérience. C’est par exemple le Général Journot, ancien Directeur de l’Ecole de Guerre, qui enseigne les relations internationales et la géostratégie ; la méthodologie professionnelle – rédaction de notes, d’éléments de langage, programmes d’interventions - est assurée par un ancien ministre  : Jean Michel Boucheron  ; la communication des organisations internationales par l’ancienne directrice de la Communication de Kofi Annan ; la géopolitique, l’histoire, l’économie, le droit par des professeurs d’Université…

Quelles sont les matières étudiées à HEIP ?

Tous les domaines des sciences politiques et des relations internationales sont traités de manière approfondie et sous chaque aspect : juridique, économique, historique et social. Les langues vivantes ont aussi une importance particulière dans une école de relations internationales. En plus de l'enseignement de l'anglais, très poussé dès la première année, nos étudiants poursuivent leur seconde langue et en apprennent une troisième. Ils ont le choix entre 4 langues essentielles aux relations internationales : l'allemand, l'espagnol, l'arabe et le russe. Nous proposons également une initiation à l'italien et au mandarin. Notre ambition est d’apporter à nos élèves une ouverture sur tous les problèmes actuels en matière de géopolitique pour leur permettre d’élever leur niveau de réflexion, de s’épanouir et de s’orienter vers les carrières de leur choix. Pour cela nous assurons un suivi pédagogique très régulier pour chaque élève, dans des classes à effectifs réduits et avec une attention particulière pour les questions de méthode, questions essentielles notamment pour ceux de nos étudiants qui veulent, à terme, préparer des concours.

Les étudiants ont-ils la possibilité de partir à l’étranger ?

La dimension internationale est partie intégrante de la formation que nous proposons. Non seulement 40% de nos étudiants sont d’origine étrangère, mais les matières que nous enseignons et leur évolution sont indissociables de la géopolitique mondiale. C’est pourquoi nous proposons à nos étudiants de passer un semestre à l’étranger qui leur permet non seulement de découvrir un autre pays, mais, plus encore, un autre point de vue sur les relations internationales. Nous avons notamment des accords avec l’université de Galatasaray en Turquie, l’université de Bath et de Reading à Londres, l’université de la Sapienza à Rome, , l’American University à Washington DC, Belgrano à Buenos Aires ou encore le MGIMO à Moscou.

Comment s’organise la scolarité ?

Les étudiants passent leurs trois premières années à étudier les sciences politiques, les langues et les relations internationales à HEIP. Ils étudient les fondamentaux en 1ère année, approfondissent les programmes en 2ème année et se spécialisent et partent à l’étranger en 3ème année.Ils ont la possibilité d’effectuer des stages conventionnés s’ils le souhaitent, mais ces stages ne sont pas obligatoires avant le Master, sauf pour les étudiants qui se destinent à l’humanitaire ou à la politique.

Que deviennent vos étudiants après leurs trois premières années d’études ?

Si l’on prend l’exemple de l’année passée, la plupart des élèves qui ont quitté HEIP après la 3ème année ont poursuivi leurs études : à Sciences Po Paris, dans différentes universités ou dans des IEP de province (à l’IEP de Bordeaux et à l’IEP de Strasbourg notamment). Les autres partent dans des universités à l'étranger comme la LSE à Londres, le Collège de Bruges en Belgique ou, l’an passé, Saint Pétersbourg. Les élèves qui décident de faire leur master à HEIP ont le choix entre quatre spécialisations différentes : Affaires Internationales et Politiques du Développement, Fonction Publique Internationale, Stratégie et Politique de Défense et Affaires Publiques Européennes. Là aussi, les cours sont assurés en petit groupe et donnent lieu à un contrôle continu sous la direction des enseignants.

Et en termes professionnels, quelles sont les carrières embrassées par vos anciens élèves ?

« Les anciens d'HEIP peuvent travailler dans des ONG, dans la fonction publique, le journalisme, mais aussi en entreprise.»

En fonction de leurs spécialisations, les carrières des étudiants varient beaucoup. Les anciens d'HEIP peuvent travailler dans des ONG, dans la fonction publique, le journalisme, mais aussi en entreprise. Nous avons également parmi nos anciens élèves des juristes, des consultants, des enseignants...

Quels conseils donneriez-vous aux élèves de terminale pour réussir le concours d’admission à HEIP ?

Pour réussir le concours d’admission, on demande avant tout de la curiosité et de l’honnêteté intellectuelle. L’important est avant tout de savoir à la fois prendre du recul et approfondir les questions, bien formuler ses idées et, bien sûr, éviter les contresens. À l’oral, il est indispensable d’être à l’écoute des jurys (qui sont la plupart du temps des professeurs d’HEIP). Comme pour un entretien d’embauche où l’on recrute des candidats avec lesquels on se voit travailler, les professeurs acceptent les étudiants auxquels ils veulent enseigner. Un excellent oral peut rattraper un écrit médiocre et, à l’inverse, un écrit brillant peut compenser un oral peu convaincant. Je me rappelle notamment d’un élève très angoissé qui avait paniqué pendant ses écrits et n’avait pas pu développer son argumentation malgré une introduction excellente. À l’oral, il s’est dévoilé être quelqu’un de cultivé, d’intelligent, réfléchi et particulièrement brillant.

À propos de souvenirs, avez-vous des anecdotes à nous partager ?

Une de mes étudiantes spécialisée dans la géopolitique de l’énergie m’a demandé si nous avions des accords avec l’université de Bakou en Azerbaïdjan. J’ai d’abord été surprise par cette demande peu ordinaire. Elle m’a ensuite expliqué qu’ils proposaient une spécialisation dans la géopolitique de l’énergie qui l’attirait particulièrement. Intéressée par son projet, j’ai décroché mon téléphone et contacté l’université. Quelques mois plus tard, les accords avec l’université étaient signés et cette étudiante partait pour 6 mois à Bakou. Cerise sur le gâteau, elle a trouvé un stage à l’ambassade de France pendant qu’elle était là-bas. Je me souviens également d'un de mes étudiants en Master il y a deux ans qui a soudainement disparu. Ne comprenant pas pourquoi nous n'avions aucune nouvelle ni explication quant à son absence, j'ai cherché des explications. Après quelques rapides questions à ses camarades, j’ai compris que cet étudiant était devenu ministre d'un pays africain ! Un dernier souvenir, enfin, parmi tant d’autres. Il y a trois ans, nous avions organisé un grand cas fictif avec les étudiants de deuxième et troisième année : une crise internationale où chacun tenait un rôle. Cela allait du secrétaire général de l’ONU au Pape, en passant par les membres du Conseil de sécurité, des journalistes de CNN, ou même les représentants de l’entreprise russe Gazprom – le rôle était tenu par deux étudiants étrangers  : un russe et un ukrainien  ! Un État était en crise, avec des risques de sécession, des conflits religieux et linguistiques, nous avions nommé des ministres et des opposants. Le pays s’appelait la « Gazoravie » et était situé quelque part entre l’Union européenne et la Russie. Un an et demi plus tard, quand la crise ukrainienne a éclaté, un de ces étudiants est venu me voir, très inquiet, avec cette question : «  Pensez-vous que les responsables européens se révèleront aussi divisés et impuissants que nous l’avions été  en Gazoravie ?  ». J’ai tenté de le rassurer…